L'Ame du lieu 

Le Terminus Nord

Tout le monde y descend !

Visite virtuelle à 360° PANORAMIC CITY

Sous les hauts plafonds du Terminus Nord, le temps s’est arrêté au début du siècle passé. Et comme s’ils se croisaient inlassablement sur les quais de la gare voisine, l’Art Déco et l’Art Nouveau mêlent subtilement leurs influences dans un cocktail de cuivres, d’acajou et de miroirs. Le premier resplendit dans l’immense fresque dansante, les affiches, les lustres et les appliques qui revêtent la salle principale. Le second éblouit le visiteur qui s’aventure jusqu’au petit salon du fond du restaurant, véritable bijou inédit de la belle époque. Et dans une joyeuse confusion des genres, les lignes droites et scandées de l’un répondent aux motifs floraux semés par l’autre dans les mosaïques et les verrières.

Si la chaleureuse atmosphère de cet ancien bistrot de gare prend probablement sa source dans la fébrilité joyeuse et le calme relaxant des escales, son histoire a déjà des accents de légende. Fuyant sa province annexée par l’Allemagne après la signature du traité de Francfort, un Alsacien y pose ses bagages et le rachète à la Compagnie des Chemins de fer du Nord. Saisissant peut-être l’opportunité de demeurer sur le départ en attendant le jour propice à son retour, l’exilé en fait une brasserie où voyageurs et habitués affluent bientôt pour se restaurer, jouer au billard et danser au son du piano mécanique.

Les années passant, le charme des lieux gagne les faveurs d’artistes, comédiens et personnalités à la mode. Alain Bashung, Jacques Higelin et Bernard Lavilliers y chantent des horizons lointains, les élèves du cours Florent y trouvent une annexe à la hauteur de leurs vocations, Patrice Chéreau y savoure le succès de son premier film tourné dans la gare voisine, et les députés européens de retour de Bruxelles viennent y tenir quartier. Délaissant un instant le proche hôpital Lariboisière, chirurgiens et médecins y contemplent la comédie humaine qu’il leur revient souvent de remettre sur les rails, tandis qu’au rythme de l’Eurostar, financiers et hommes d’affaires y conjuguent les frénésies de Paris et de la City.

Beaucoup ont célébré la cadence endiablée qui règle le ballet des serveurs du Terminus Nord, rompus à plus d’un siècle de départs ferroviaires et qu’on dit même capables, en un simple regard, de deviner quel est le train que vous ne pouvez pas rater. Car si la brasserie met tant de cœur à vous souhaiter bon voyage, c’est parce qu’elle comprend bien au fond qu’elle est votre destination.